Compostage ou biométhanisation dans une installation existante

Ce scénario consiste à acheminer les matières organiques récupérées à l’échelle municipale vers une installation existante de traitement par compostage ou par biométhanisation. Pour une municipalité, il s’agit d’une solution de gestion simple, rapide et souvent moins coûteuse qu’implanter une nouvelle installation. En effet, lorsque le coût de traitement est inférieur ou comparable à celui de l’enfouissement, le transport des matières organiques vers un site existant apparaît un choix logique.

Exigences, contraintes, conditions favorables, étapes de planification, coûts à prévoir… Découvrez ici tout ce qu’il faut savoir sur ce scénario de gestion

Les exigences de base

Les notions de proximité, d’autorisation et d’expertise composent les exigences de base pour mettre en place le scénario de compostage ou biométhanisation à une installation existante.

Proximité d’une installation

Une des principales exigences pour le choix de ce scénario est la proximité entre les zones de collecte et une installation de compostage ou de biométhanisation. Il faut de plus que cette installation soit en mesure de recevoir les quantités de matières organiques résidentielles envisagées. Au Québec, on dénombre environ une quarantaine d'installations de compostage.

Autorisation gouvernementale

Afin d’accueillir des matières organiques d’origine municipale, ces installations de traitement doivent, sauf exception, détenir un certificat d’autorisation du ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC).

Expertise des entreprises locales

Certaines entreprises ont su développer des compétences spécifiques de traitement des matières organiques. C’est le cas, par exemple, des compagnies spécialisées dans la mise en marché des produits à valoriser (composts, terreaux horticoles, etc.). Pour une municipalité, l’excellence et l’historique positif d’une entreprise existante de compostage sont donc de nature à favoriser le recours à ce scénario de gestion.

Validation de la faisabilité

L’étude de la faisabilité du projet est primordiale avant de choisir ce scénario de gestion des matières organiques. L’objectif ici est de vous assurer de disposer d’opportunités adéquates à la mise en place de cette solution.

Votre étude doit, par exemple, évaluer si la solution est applicable à la mise en œuvre de la collecte. Pour cela, il faut :

  1. Dresser tout d’abord une liste des installations autorisées dans un rayon de transport jugé acceptable en termes de coûts (coûts comparatifs à l’implantation d’une nouvelle installation plus près)
  2. Vérifier ensuite auprès de ces installations les possibilités de réception des matières à récupérer

Les conditions favorables

Nous avons identifié 2 conditions importantes qui favorisent le scénario de traitement à une installation existante : les frais comparables et la proximité du lieu de traitement.

Condition A : frais de traitement comparables au prix moyen du marché

Le saviez-vous?Les gaz à effet de serre générés lors du transport des matières organiques sont bien souvent très faibles comparativement aux gains associés par le compostage et l’évitement de l’enfouissement, et ce, malgré des distances importantes parcourues pour traiter les résidus (ex. : 100 km). Apprenez-en plus dans notre page Bilan net d’émissions de gaz à effet de serre.

Comparés aux coûts de l’enfouissement, les frais de traitement de matières organiques aux lieux de compostage existants sont souvent équivalents, et parfois même un peu plus avantageux. Notez qu’aucune expérience québécoise à ce jour ne nous permet d’identifier des coûts réels de traitement des résidus domestiques pour des installations de biométhanisation existantes.

En 2009, les coûts de compostage pour les matières organiques triées à la source et collectées en vrac (sans sac de plastique) ainsi que pour les résidus verts reçus en sacs de plastique étaient de l’ordre de 60 $ à 80 $ la tonne.

Pour les feuilles mortes ou branches déchiquetées reçues en vrac, les frais de compostage sont minimaux, soit environ 50 $ la tonne. Notez que les coûts augmentent souvent pour les matières plus difficiles à traiter, comme :

  • Les biosolides fortement odorants ou humides
  • Les résidus industriels semi-liquides
  • Les résidus alimentaires reçus en sac de plastique

Marges indicatives des coûts de traitement des matières organiques d’origine résidentielle par enfouissement

  • Lieu d'enfouissement technique près des centres urbains : 50 à 70 $ la tonne
  • Lieu d'enfouissement technique en région : 90 à 120 $ la tonne

Marges indicatives des coûts de traitement des matières organiques d’origine résidentielle par compostage

  • Lieu sur aire ouverte, selon les intrants : 50 à 80 $ la tonne
  • Lieu de compostage fermé : 85 à 120 $ la tonne
  • Lieu de biométhanisation (avec post-compostage du digestat) : Les expériences ontariennes et européennes démontrent des coûts de l’ordre de plus de 100 $ la tonne

Condition B : Lieu de traitement situé à une distance raisonnable

Trucs et conseilsUne entreprise qui opère déjà une installation de compostage ou de biométhanisation est habituellement prête à proposer un prix pour le traitement et la mise en valeur des matières organiques d’origine résidentielle. Il faut pour cela qu’elle soit autorisée à recevoir ce type de résidus et qu’elle n’ait pas déjà atteint sa capacité limite. Si vous privilégiez ce scénario, nous vous recommandons de lancer un appel d’offres le plus tôt possible dans votre démarche de planification. Cela permettra une préparation adéquate du lieu de traitement et un agencement optimal des modalités de collecte (ex. : matières acceptées/refusées, vrac ou sac) avec les conditions d’exploitation du site.

Pour les municipalités, la distance qui sépare le lieu de traitement existant des zones d’habitations à desservir est importante. Ce critère permet de réduire :

  • Les frais de gestion à court et à long terme
  • L’empreinte environnementale associée au transport

Les impacts négatifs du transport peuvent être reliés à différents facteurs, dont :

  • La détérioration des routes
  • L’émission de polluants des véhicules lourds
  • Les émissions de gaz à effet de serre

Sachez que seule une analyse détaillée permet de comparer les inconvénients et les impacts du transport aux gains environnementaux associés à la mise en valeur des matières organiques.

Les étapes de planification

Voici les principales étapes de planification pour la mise en place de la solution de compostage ou de biométhanisation à une installation existante :

  1. Choisir les modalités de récupération et d’implantation, comme le déploiement de la collecte par étape
  2. Évaluer les quantités de matières organiques qui peuvent être récupérées selon le mode de collecte privilégié et les unités d’habitations à desservir, incluant les petits commerces et institutions qui pourraient être desservis par la collecte municipale
  1. Lancer un appel d’offres :
  • Pour le traitement et la valorisation à un lieu existant
  • Ou pour la collecte, le transport et le traitement
  • Avec un seul contrat, cette dernière option est moins complexe à gérer, mais s’avère souvent plus coûteuse que dans le cas d’un contrat direct avec l’entreprise de compostage
  1. Choisir un soumissionnaire et octroyer le contrat
  2. Déployer la collecte et assurer le suivi périodique de la qualité et des quantités des matières organiques pour s’ajuster au besoin

Quelques exemples d’application

Certaines municipalités ont réussi à implanter avec succès un programme de gestion des matières organiques avec l’option de traitement à une installation de compostage ou de biométhanisation existante. Pour les découvrir, visitez notre page Exemples de gestion municipale.

Les coûts à prévoir

En plus de varier d’une région à une autre, les coûts à prévoir pour le programme de collecte de  porte en porte et de traitement des matières organiques dépendent de plusieurs critères.

Un des facteurs qui influencent les coûts d’enfouissement et de compostage est la localisation des lieux de traitement. Plus on se rapproche d’un grand centre urbain, plus les frais d’enfouissement sont susceptibles d’être faibles (économie d’échelle) et plus la densité de population (réduisant les emplacements favorables) rend difficile le compostage sur aire ouverte. C’est alors qu’une installation fermée avec captage et traitement de l’air devient une alternative à considérer. Pensez-y!

Notre tableau d’estimation des coûts

Afin d’illustrer le bilan financier d’un tel scénario, nous avons élaboré un tableau qui vous présente des cas types selon 3 profils régionaux.

Estimations des coûts associés à la collecte à trois voies avec lieu existant de compostage sur aire ouverte, selon trois profils régionaux

  Région A Région B Région C
Population Région A : 65 000 habitants Région B : 50 000 habitants Région C : 12 500 habitants
Superficie Région A : 70 km2 Région B : 800 km2 Région C : 400 km2
Nombre total d'u.o Région A : 23 400 u.o. Région B : 18 000 u.o. Région C : 4 400 u.o.
MRO valorisées (60 %) Région A : 6 500 tonnes/an Région B : 5 000 tonnes/an Région C : 1 200 tonnes/an
Variation des coûts collecte, transport et traitement Région A : Collecte et transport : augmentation de 234 000 à 468 000 $ / an Région B : Collecte et transport : augmentation de 180 000 à 360 000 $ / an Région C : Collecte et transport : augmentation de 44 000 è 88 000 $ / an
Données de base
Surcoût de 10 à 20 $ / u.o. pour 8 à 16 collectes / ans de plus (transport inclus)
Région A : Traitement :
70 $ / tonne enfouie
70 $ / tonne compostée
Région B : Traitement :
100 $ / tonne enfouie
60 $ / tonne compostée
Région C : Traitement :
120 $ / tonne enfouie
0 $ / tonne compostée
Redevance de 10,73 $ la tonne enfouie incluse (janvier 2010) Région A : Surcoût total :
+ 10 $ à 20 $ / u.o.
Région B : Surcoût total :
- 3 $ à + 6 $ / u.o.
Région C : Surcoût total :
- 1 $ à + 9 $ / u.o.
Coûts initiaux additionnels : Toutes les régions : Bacs : de 20 $ à 100 $ / bac / u.o. (80 à 360 L) aux frais des citoyens ou financés par la ville.
Sensibilisation : de 1 à 5$ / u.o.
Coûts évités difficilement quantifiables

Toutes les régions : Ces coûts incluent :

  • La prolongation de la durée de vie du LET
  • La réduction des gaz à effet de serre et autres polluants
  • L’amélioration de la qualité de l’environnement, utilisation du compost donc réduction de pesticides et fertilisants synthétiques
  • Les impacts sociaux et économiques généralement positifs

Ce tableau présente le surcoût approximatif auquel peut s’attendre une municipalité (ou regroupement) selon son profil régional pour la collecte et le compostage des matières organiques séparées à la source à une installation existante à aire ouverte, avec récupération de 60 % des matières organiques générées.

Les cas types reposent sur des données de coûts d’enfouissement et de compostage différents. Le surcoût exprimé en dollars par unité d’occupation est le coût additionnel par rapport au scénario de référence, soit une collecte sans récupération des matières organiques (déchets et matières recyclables uniquement).

On observe que peu importe le nombre d’habitants, les résultats et les coûts par unité d’occupation desservie seront similaires.